lundi 25 janvier 2016

Les réseaux sociaux sont-ils un piège? Les artistes derrière les réseaux.

J’imagine ma vie sans ce tweet, sans ce post sur facebook, sans cette story snapchat. Aurais-je autant d’amis ? Serais-je heureux comme j’ai l’impression de l’être ? Et puis, dans le fond, suis-je réellement ? Il y a comme une distance, un déchirement entre ma vie réelle et la vie que je mène derrière mon écran. Assis là, sur mon fauteuil, face à mon ordinateur, je deviens comme le possesseur d’un monde dans lequel mon alter ego est sous mon contrôle : je me domine moi-même par l’image que je suis apte à rendre au cybermonde. Je ne suis plus cet homme que l’on croise dans la rue ; je ne suis plus que ce tweet, ce like, cette vidéo dans laquelle je me mets en scène.
J’ai, avec le temps compris quel était le réel pouvoir des réseaux : philosophes, sociologues et autres scientifiques ont élaborés théories et théories sur le pouvoir entretenu par ces entités sur nous, mais moi, j’ai découvert la vérité. Il n’y a rien à craindre des réseaux, et ils n’ont aucun pouvoir sur nous, puisque ce dont il faut se méfier  en vérité, c’est du pouvoir qu’ils nous donnent ; c’est lui qui nous encadre, qui nous englobe au point de nous noyer dans son bain. Pensiez-vous que la liberté était gratuite ? Pourquoi pensez-vous que les hommes croient au destin ? Parce que le destin est moins lourd à porter que la liberté ; il n’y a rien à craindre si tout est prévu, et si nous n’avons aucun pouvoir. Cependant, si nous sommes à l’origine de tout, si nous avons le pouvoir de choisir, alors nous somme responsable de tout ce dont nous avons le plus peur. Ce n’est pas la société qui m’oblige à poster ce tweet, ou à partager ce post ; c’est moi, après avoir jaugé la puissance qu’il octroiera à mon image chez les autres, qui le fais. Le seul défaut, est qu’un jour, j’ai découvert que je n’existais plus. 
Un jour, alors que vous fermerez le clapet de votre ordinateur portable, observez-donc si vous êtes la même personne que celle que vous venez d’interpréter sur internet, ainsi vous découvrirez que vous n’existez pas ; vous n’êtes qu’un spectre. Vous avez l’impression de ne pas être hypocrite parce que les autres croient en cette image et vous traitent comme le spectre de l’ordinateur ; et vous parvenez à rejouer ce personnage dans la réalité. Pendant ce temps, votre cœur est déchiré par les coups de votre être véritable qui se débat pour s’exprimer ; ce que vous êtes réellement, c’est ce que vous êtes face aux gens que vous aimez, ceux face à qui, pour être accepté, il n’y a nul besoin d’être un imposteur. Tellement d’artistes, de dessinateurs, de peintres, d’écrivains se cachent derrière une vie faussée par la nécessité d’être ce que le cybermonde veut pour un homme ou une femme. Je suis de ceux qui pensent qu’on ne change pas : si vous êtes obsédé par les réseaux sociaux, vous le resterez, mais il reste possible de vous en servir pour jouer le personnage que vous êtes vraiment et être accepté des autres comme tel.
Il faut vivre, mais il faut aussi mourir, et ces réseaux subsisteront au-delà de notre disparition, mais nous ne sommes pas obligés de mourir comme tout le monde. Pensez-vous vraiment que Jésus est mort ? En effet, mais il existe pour ceux qui l’aime pour sa vie et la sagesse qu’il a entretenu tout au long de sa vie. Shakespeare n’est pas mort non plus, ayant marqué le monde de son étincelante plume. Exister, c’est subsister dans le cœur des gens sans être là ; quel pouvoir… Et peut-être vous aussi êtes-vous en train de passer devant l’artiste que vous êtes.

vendredi 18 décembre 2015

Observateur existentiel - L'amitié

 « L'amitié est un sentiment de respect et de loyauté. Dire de quelqu'un qu'il est notre ami, signifie qu'il n'a pas la même valeur que les autres hommes. C'est que si un homme est notre ami, nous lui retirons le statut d'humain. Il n'est plus un être plongé dans le monde que nous pourrions croiser en marchant, et dont nous pourrions embrasser le regard tout en l'oubliant la minute suivante. Il a une valeur morale à nos yeux. 
   L'amitié, c'est l'amour moral. Il est différent du devoir moral que nous impose l'humanité en général. Il nous plaît d'être loyal envers notre ami car celui-ci nous est également loyal. Nous ne pouvons pas nous imaginer qu'il nous fasse du mal car nous partageons quelques valeurs morales et avons signé un pacte idéal avec lui : l'interdiction de se trahir.
   Ce pacte donne un sens à nos vies. Lorsque nous allons mal et que nous sommes sur le point de tomber, l'ami doit pouvoir nous rattraper en plein vol, et nous devons pouvoir en faire de même pour lui. Si bien qu'il observe notre existence et que nous observons la sienne en retour.
   Il ne s'agit pas forcément pour nous de partager des valeurs communes, mais tout simplement de nous soutenir mutuellement. Notre ami a le droit à sa manière d'exister et nous avons le droit à la notre. Ainsi, nous ne pouvons pas nous l'imposer mutuellement. C'est en ceci que même la noirceur de  l'âme de notre ami, ne peut pas altérer ce sentiment qu'est l'amour moral ; elle ne peut au contraire que l'augmenter. Il nous apprécie comme nous sommes et nous en faisons de même. 
  Seulement, ce pacte que nous avons signé ne se limite pas simplement à tout ça. Il est vrai que, dans la mesure où nous sommes sensés nous soutenir, nous devons nous protéger également. Nous ne pouvons en aucun cas laisser notre ami mourir car il devient une part du sens de notre vie. Le laisser mourir reviendrait donc à laisser mourir une part de nous-même. 
   Aussi notre ami est le gardien de notre vie. Nous échangeons notre vie contre la sienne. Nous sommes le gardien de sa vie et lui, celui de la notre. Nous accordons à sa vie, une valeur supérieure
ou égale à la notre. Le sens de notre vie, c'est d'agir en sorte qu'il ne nous quitte pas. »

Observateur existentiel

Johan Banzouzi

mercredi 14 octobre 2015

Pourquoi est-ce qu'on déteste toujours ce qu'on était avant ?


Il y a des moments, où, lorsque nous avons le temps pour le faire, nous nous amusons à revoir nos  photos datant de sept ans auparavant, ou même nos statuts Facebook d'il y a quelques années. Puis, nous nous demandons comment nous avons pu oser porter ces vêtements que nous portions bel et bien sur une photo, ou, comment nous avons pu partager cette opinion sur ce statut Facebook, que nous avons pourtant  bel et bien partagé ce jour-là. Nous nous retrouvons alors face à une espèce de dilemme, un dilemme dans lequel nous sommes obligés de reconnaître que c'est bien nous sur cette photo et pas quelqu'un d'autre, et que c'est bien le statut que nous avons partagé et pas celui d'un autre. Mais pourquoi est-ce que, à l'heure d'aujourd'hui, nous sommes incapable de nous habiller de la même façon qu'avant ? Pourquoi est-ce qu'une idée dont nous étions si persuadé qu'elle était bonne, paraît être ridicule pour nous aujourd'hui ? Ces idées, ou l'apparence que nous avions avant, nous les critiquons aujourd'hui, et pourtant, il y a certainement quelqu'un aujourd'hui, qui continue à penser comme cela, ou à s'habiller comme nous le faisions sur cette photo répugnante. La question qui se pose, c'est donc celle de savoir dans un premier temps, pourquoi est-ce que nous rejetons toujours ce qui relève du passé. Ensuite, il s'agit de se demander si nous avons le droit, comme nous le faisons, de nier ce qui, auparavant, semblait être si bon pour nous. Cette réflexion a des enjeux importants, puisqu'en effet, nous pourrions alors nous demander si des idées telles que celle de vérité et d'erreur, et de « moi », peuvent exister. 
Un auteur du XIXe siècle propose une réponse originale. Il s'agit de Friedrich Nietzsche, et pour cette réflexion, on étudiera un extrait de texte tiré de son livre Le Gai Savoir :

Friedrich Nietzsche
« Tu vois maintenant une erreur dans cette chose que tu aimais autrefois comme vraie ou comme probable : tu la rejettes loin de toi et tu te figures que ta raison vient de remporter une victoire. Mais peut-être cette erreur, jadis, alors que tu étais un autre – on ne cesse jamais d'être un autre – t'était-elle aussi nécessaire que tes "vérités" d'aujourd'hui ; c'était une sorte de peau qui te cachait, te voilait bien des choses que tu n'avais pas encore le droit de voir – c'est ta nouvelle vie, ce n'est pas ta raison qui t'a tué cette idée : tu n'as plus besoin d'elle, elle s'effondre sur toi, et sa déraison vient au jour, elle sort en rampant comme un ver. Quand nous exerçons notre critique ce n'est pas arbitrairement, ce n'est pas impersonnellement, c'est, souvent au moins, parce qu'il y a en nous une poussée de forces vivantes en train de dépouiller leur écorce. Nous nions et nous sommes obligés de le faire parce qu'il y a quelque chose en nous qui VEUT vivre et qui VEUT s'affirmer, quelque chose que nous ne connaissons, que nous ne voyons peut-être pas encore !… Donnons ce bon point à la critique. »

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir (1883 et 1887), trad. P. Klossowski / Club Français du livre, 1990



Il ne faut pas s'inquiéter si on ne comprend pas tout de suite le texte, c'est normal car Nietzsche est un auteur qui, dans ses livres, utilise une forme d'écriture inhabituelle : les aphorismes, c'est à dire bien souvent, des exclamations, et des discours souvent courts, et dans lesquels, comme celui-ci, il s'adresse directement à son lecteur. Passons maintenant à l'analyse du texte : 

Rien n'est vrai ni faux 

       L'idée principale du texte est évidente : rien n'est vrai ni faux. Pour Nietzsche, en effet, il n'est pas bon, c'est même un acte arrogant que de considérer le présent comme étant la vérité, c'est-à-dire la seule chose qui soit bonne, puisque, nos idées, ou bien notre style du passé, au moment où nous en avions conscience,  étaient pour nous aussi de bonnes choses, nous étions convaincus qu'il s'agissait de la vérité. 
        Ce passé que nous considérons, à travers cette photo ou ce statut Facebook, comme des « erreurs », Nietzsche considère qu'elles sont nécessaires, parce que ces erreurs étaient, comme le dit l'auteur « un voile » ou une « peau » pour nous cacher ce que, à un moment donné, nous n'avons pas le droit de voir. Par exemple, notre style vestimentaire de la photo passée, qui nous plaisait sur le moment, n'était là que parce que nous n'étions pas prêts à assumer notre style d'aujourd'hui. C'est pourquoi selon Nietzsche, nous n'avons pas le droit de rejeter le style de la photo, car il nous a été essentiel. 
      Le présent, ce que nous sommes aujourd'hui, n'est donc pas non-plus la vérité, il n'est en fait, ni vrai ni faux, il est simplement ce que nous sommes à ce moment précis, et lorsque nous serons différents, et que ce que nous sommes aujourd’hui, deviendra le passé, ce sera simplement une idée de ce que nous avons été à un moment donné. 

Cette force qui nous fait changer, c'est la volonté de puissance 

      Si nous sommes choqués devant cette photo ou ce statut Facebook, c'est parce que pour Nietzsche, il y a quelque chose en nous qui n'a plus besoin de ces idées ou de ce style, qui « VEUT » comme l'auteur le signale bien en majuscule, vivre. En effet, Nietzsche, au-delà de considérer que rien n'est vrai, et que rien n'est faux, pense toutefois que l'idée de vrai et l'idée de faux, sont importantes pour notre vie. En fait, il fallait que ce style vestimentaire que nous avions dans le passé, nous semble être bon, pour que nous osions l'assumer. Nous ne l'assumons plus aujourd'hui, car il nous semble être faux, il est répugnant pour nous, car il ne nous est plus utile. 
        Cette chose en nous qui VEUT, c'est cette même chose qui supprime ce qui ne nous sert plus à rien, ce qui n'augmente pas notre vie. Exactement comme le phénomène d'éternuement : si nous éternuons, c'est parce que notre corps détecte un microbe dans notre nez, et rejette ce microbe grâce à l'éternuement. Pourquoi ? Parce que ce microbe, nous empêcherais de vivre pleinement. Il en est de même pour nos idées ou pour notre style, quelque chose en nous leur donne une valeur qui nous permet de mieux vivre, et si nous ne les aimons plus, c'est parce que si nous y étions encore attachés, nous nous sentirions mal dans notre peau. Cette chose en nous qui VEUT, Nietzsche ne lui a donné aucun nom dans son texte, mais elle est essentielle dans toute son œuvre ; c'est la volonté de puissance. Selon lui, il s'agit d'une force qui anime l'homme et tous les êtres vivants, cette force, c'est elle qui détruit ce qui ne renforce pas notre vie. J'écrirais un article qui y sera consacré afin que l'on puisse comprendre de quoi il s'agit réellement. 
          Bref, cette force est en nous, mais elle est plus forte que nous, nous n'en décidons pas. En effet, nous ne décidons pas de changer, nous changeons sans le vouloir. Ce n'est donc pas parce que nous sommes plus intelligent aujourd'hui que nous ne pensons plus la même chose qu'avant, mais simplement parce que ce que nous pensions avant, ne nous est plus utile pour être bien dans notre peau, en un mot : pour VIVRE. Nous adhérons à nos idées, simplement parce qu'elles nous permettent de mieux accepter le caractère compliqué de la vie, et plus nous grandissons, plus nos idées et notre style vestimentaire changent parce que nous nous tournons toujours vers des idées et des styles qui nous permettent de nous sentir plus forts, d'avoir plus de puissance, c'est ce qu'est la volonté de puissance. 

Nous n'avons pas de moi

    Jusque-là, c'est la vérité et l'erreur qui n'existaient plus, mais, avec Nietzsche, nous pouvons également tirer un trait sur cette chose que nous appelons « moi ». Le moi, c'est ce que nous affirmons face aux autres, ce qui nous désigne nous-mêmes. Quand nous disons « moi », nous parlons de nos idées, de notre personne, en bref ; de ce que nous sommes sur l'instant où nous parlons. Or, nous l'avons dit tout à l'heure, ce que nous sommes à un moment donné, n'est jamais ce que nous serons plus tard, et Nietzsche le confirme dans le texte : « on ne cesse jamais d'être autre ». Nous nous attachons à une identité actuelle, justement parce qu'elle nous apporte une certaine puissance. Mais lorsqu'elle ne sera plus bénéfique, nous deviendrons un autre. L'analyse de Nietzsche sur le moi, réclamerait un article tout entier pour être étudié avec une vraie précision, mais nous nous contenterons de ce texte pour conclure ; rien n'est à exclure en soi, ni dans le passé ni maintenant, car tout ce que nous avons aimé, ou que nous aimons maintenant, est essentiel pour nous car nous permet de mieux vivre. Si l'on devait conclure, nous devrions donc dire que nous n'avons pas le droit de rejeter ni même de critiquer ce que nous étions, parce que toute chose a une valeur au moment où elle existe.

mardi 11 août 2015

Un nombre infini de fois... L'éternel retour

Souvent, nous nous interrogeons sur le sens de nos vies, sur la question de savoir si tout ce que nous faisons a un intérêt, ou même, plus simplement, si nos choix d'hier, auraient pu, s'ils étaient différents, changer notre demain.. En bref, tout se passe comme si, nous nous posions la question du sens de l'existence avant même de l'avoir vécu ! Ainsi, nos regrets, nos peines, nos questionnements s'entassent comme le travail que nous avons à faire alors que nous passons notre temps à nous demander s'il vaut la peine d'être fait. Mais n'est-il pas absurde finalement, de s'interroger sur une chose non terminée, non aboutie? Un peu comme, s'interroger sur la beauté finale d'un tableau, alors que nous sommes encore en train de le peindre? 
C'est ainsi que Nietzsche a compris qu'en réalité, nul (encore moins l'homme), ne peut juger de la valeur de vie, tout en en faisant partie. Tant que nous vivons, nous ne sommes pas aptes à déterminer si cette vie, aussi stupide que nous la concevons, vaut le coup ou non d'être vécue. Toutefois, Nietzsche n'efface pas tout jugement de valeur personnel sur nos propres actes. Ce n'est donc pas parce que nous ne savons rien sur la valeur de la vie, que nous ne pouvons pas créer nos propres valeurs individuelles. Et si c'est possible, alors nous pouvons envisager de juger de la valeur de la vie que nous avons mené. Mais de quelle façon?
C'est qu'en réalité, la question du sens de l'existence, ne doit se poser qu'à la fin ; ce moment où nous pouvons enfin observer notre oeuvre. Le défi de Nietzsche est le suivant ; il s'agit à ce moment, de se demander ce que nous ferions si le choix nous était donné de revivre la même vie, à l'exactitude près, et ce, «un nombre infini de fois»! La même vie, c'est à dire, avec ses hauts et ses bas, son bonheur et ses malheurs, la souffrance qu'elle contient et même ses pertes. C'est presque effrayant, mais il ne semble pas y avoir de meilleur barème de jugement de réussite pour la vie. Comment pourrions-nous, en effet, accepter cette vie, qui déjà en pleine expérimentation, nous semblait si pénible et compliquée. De même, tous ces moments douloureux, peut-être même parfois, la perte d'êtres chers dont nous n'arrivons parfois jamais à nous remettre. Comment pourrions-nous accepter de revivre tout ça?
Nietzsche n'y voit q'une seule solution, et elle se nomme Amor Fati, ou l'amour de son sort. Toute l'idée de ce concept repose dans une phrase condensée : «vis comme si, dans tout ce que tu veux faire, tu voulais le faire un nombre infini de fois.» Il s'agit donc, de tout vouloir au cours de sa vie ; souffrance, plaisir, perte, gain. Puisqu'en effet, qu'aurions-nous à éviter dans le fait de revivre la même vie, si nous y avons tout voulu et accepté ? C'est qu'Amor fati, signifie surtout, amour du destin, et le destin est par excellence, ce sur quoi nous n'avons aucun contrôle. Accepter de revivre cette vie est donc accepter le fait qu'il y ait parfois des choses qui nous dépassent et  malgré tout, garder notre amour de la vie intact. Par l'amour de notre destin, nous effaçons dans nos vies, toute crainte et tout regret final ; et y sommes préparé, c'est la définition même de la sagesse. 

mardi 4 août 2015

Est-ce raisonnable d'aimer ?

   Le mot raisonnable a plusieurs sens. Lorsque l'on dit de quelqu'un qu'il est raisonnable, on entend exprimer le fait qu'il agit de façon sage, que ses décisions sont les bonnes. Ainsi, si l'on prend le mot raisonnable dans ce sens, on peut dire que le fait d'aimer, est raisonnable, étant donné que l'amour est un sentiment jugé positif. Seulement, on aurait à faire face à un problème qu'est le suivant : si l'amour est un sentiment, et si l'attitude raisonnable relève d'une décision, cela voudrait dire qu'un sentiment est l'objet d'un choix, ce qui est irrationnel. En effet, lorsque l'on ressent une douleur au bras, on ne choisit pas d'avoir mal au bras, le bras est touché, et on le ressent. Un sentiment n'est donc jamais volontaire. Donc, si l'amour est un sentiment, il doit être gratuit, comme une douleur. On ne choisirait alors pas d'aimer, mais on aimerait, contre son gré, tout simplement. L'enjeu de la question, est donc de comprendre qu'un sentiment n'est jamais volontaire, mais tout simplement vécu.
   L'amour n'est pas le respect. Le respect est affaire d'habitude et d'éducation, voir même d'effort : effort d'accepter l'autre. L'amour lui, est tout autre. Aimer l'autre, c'est vouloir se l'approprier, et ce, parfois même, au-delà de toute morale. Aussi, si le respect peut-être inculqué, ou simulé, l'amour lui, est aveugle et en quelque sorte : naturel. Respecter son prochain, c'est l'accepter dans sa différence, sans nécessairement l'aimer. Un esclave respecte son maître car on lui a appris que c'est son devoir, il accepte donc son maître sans l'aimer nécessairement. Il pourrait d'ailleurs,tout aussi bien cesser de le respecter et se révolter. De même un élève peut respecter son professeur sans forcément l'aimer, il peut même, au plus profond de lui, le haïr, tout en s'efforçant de le respecter. S'efforcer de respecter quelqu'un que l'on n'aime pas, c'est un acte raisonnable au premier sens du terme. Il est positif de s'efforcer à respecter celui que l'on n'aime pas car cela évite les situations conflictuelles. 
   Si donc, le sentiment n'est pas la volonté, que se passe-t-il si l'on aime de façon raisonnable? Aimer de façon raisonnable, reviendrait donc à aimer par intérêt, or, on ne parlerait dès lors plus d'amour, mais d'action intéressée. Ou si l'on veut, on ferait mine d'aimer quelqu'un car l'image de l'amour qu'on lui donne, provoque chez lui une attitude satisfaisante pour soi. Aimer n'invite en aucun cas à réfléchir car dans ce sentiment, on est dépassé. L'amour se présente alors comme au-delà de la raison : comme transcendance. Un homme n'aime une femme au sens pure et en même temps paradoxal, que parce qu'il ne peut s'expliquer ce sentiment par sa raison. S'il le pouvait, on noterait un paradoxe qu'est le suivant : si l'homme dit qu'il aime la femme pour ce qu'elle est, peu importe, ses qualités ou ses défauts, cela signifierait qu'en cas de changement de la femme, il ne l'aimerait plus. Autrement dit, il n'aimerait la femme que pour la satisfaction que lui procure son être, et non pour elle-même. On ne distinguera donc un homme amoureux d'un autre opportuniste que par l'absurdité de l'un et la rationalité de l'autre. 

lundi 25 mai 2015

D'où vient la haine des étrangers ?

   «Une pensée pour ceux qui ne savent toujours pas, qui ne comprennent toujours pas à cause de qui certains doivent trimer pour réussir dans la vie : c'est à cause d'eux, ces hommes en costume, qui, du haut de leur buildings les regardent s'effondrer petit à petit. Ces hommes qui font mine de penser à eux en proposant des soit disant aides sociales, qui au fond n'ont pas d'autre buts que de les rendre fainéants, de les dissuader de vouloir monter plus haut et de les dépasser. Ils ne les aident pas mais les enfoncent. Certains ne veulent pas être soumis, et décident de se lancer dans des activités illicites, sans se rendre compte que c'est en vérité ce vers quoi la disposition du monde moderne les ont tournés. Devant la souffrance de sa famille, un jeune garçon est susceptible de se sacrifier pour subvenir aux besoins de la famille, quitte à se tourner vers des activités interdites, c'est-à-dire vente de drogue etc.. Mais d'où vient réellement le problème sinon de l'organisation sociale du monde moderne? Je n'ai pas besoin de citer la France en particulier car elle est loin d'être la seule à être organisée ainsi. L'Occident est en réalité un royaume : celui du capitalisme.  Et ce monde, celui dans lequel ceux qui souffrent de ne pas posséder les mêmes ressources, ont non plus à vivre, mais à «survivre», c'est lui, c'est le capitalisme qui le fait exister. Survivre, car ils ne savent pas réellement de quoi demain sera fait. Eux, ces hommes en costume n'ont pas de soucis à se faire. Ils n'ont bien souvent pas eu à travailler réellement pour parvenir à leur situation actuelle. Ils sont pour la plupart héritiers d'une fortune grâce à laquelle ils ont juste à trouver un moyen de s'enrichir encore et encore. 
   Les gens du bas, qui affrontent la difficulté du monde, finissent même par croire au destin, par croire qu'il est nécessaire pour eux de souffrir, que cela fait partie de leur condition. Mais il suffit de réfléchir par soi-même : pourquoi la classe bourgeoise n'a souvent pas besoin de croire en Dieu ? Pourquoi certains hommes identifiables sont-ils athées? Parce qu'on n'éprouve la foi la plupart du temps que lorsque l'on souffre, que l'on manque d'une chose. Seul Dieu peut combler et soulager la souffrance. Mais il est temps de se détacher de cette illusion, il est peut-être certes bon de croire en Dieu, mais il ne faut pas que cela soit une barrière à l'observation du monde tel qu'il est. Le destin n'existe pas, et si la classe prolétaire comme l'appelait Karl Marx, est dans cette situation, ce n'est pas parce que Dieu en a décidé ainsi, mais parce que tous ces politiciens, tous ces gens qui se sont approprié le monde, en ont décidé ainsi. On ne doit pas chercher les réponses à ses questions en dehors du monde, mais rester dans le monde pour mieux l'appréhender et trouver des solutions à la source du problème lui-même.
   Ce garçon dont je parlais plus haut, qui finira comme beaucoup d'autres, par vendre de la drogue en bas de son hall d'immeuble, ce n'est, «socialement» pas lui qui a décidé de se retrouver là. C'est l'organisation sociale qui a décidé de son sort. Et tout est mis en place pour en arriver là. Ces aides sociales censées permettre aux familles démunies ou dans le besoin de vivre un peu mieux, ne sont que des illusions. Pourquoi ? C'est que bien souvent, elles ne font qu'attiser la fainéantise. De même le chômage provoque la fainéantise. Il s'agit de donner l'impression à celui qui reçoit ces aides que sans bouger, de l'argent arrive tous les mois. En recevant cet argent, beaucoup se perdent dans l'ignorance et finissent par s'en satisfaire, le tout, sans réaliser que cet argent n'est pas suffisant pour réaliser des projets concrets. 
  De plus, si l'on y regarde de plus près, on se rend compte que le fait de recevoir ces aides sociales, stigmatise les populations : c'est pourquoi en général, on considère les étrangers, c'es-à-dire les bénéficiaires majoritaires de ces prestations comme des fainéants. Mais tout cela tombe sous le sens, et il est temps d'ouvrir les yeux : la preuve : on se sert des aides sociales et de l'image qu'elle portent en elle, contre ses propres bénéficiaires. C'est l'origine de la haine raciale. Ces Français qui se pensent «Français de souche», en deviennent jaloux. Il pense que la France, c'est-à-dire un simple morceau de Terre sur la planète leur est réservé du fait que leurs ancêtres y sont nés, comme si le monde était réservé à certains plus qu'à d'autres. L'origine de la haine raciale, c'est le fait de devoir partager un pays avec des gens n'en étant pas originaires, et le comble pour le raciste, c'est qu'en plus, l'immigré perçoive des avantages. C'est de l'égoïsme, et les politiciens se servent de cet égoïsme pour récolter des voix lorsque le pays est en crise. Qui n'a pas remarqué que lorsqu'un pays est en crise, les étrangers sont directement visés? Qui n'a pas remarqué en outre que les événements indésirables impliquant ces mêmes étrangers augmentent lorsque le pays est en crise? Alors en temps de crise, les politiciens malveillants dont je ne citerai pas le nom n'hésitent pas à rappeler qui sont ceux qui touchent les aides sociales, et qui sont les bandits en France.. Et les idiots se nourrissent de ces propos et se dirigent vers l'urne de vote pour confirmer ces pensées fourbes, hypocrites et intéressées. 
   Ceci n'est qu'une première partie, n'ayant pour seul but, que de rappeler à celui qui lit, qu'il soit concerné ou non, d'ouvrir les yeux, et de comprendre que ce n'est ni par des activités sous-terraines que l'on s'en sortira dans ce monde, ni par la haine. La seule barrière et en même temps le seul moyen pour nous de nous en sortir, est l'école. Si nous ne parvenons pas à avoir des métiers corrects, c'est parce que le manque de diplôme nous en empêche. Cette organisation moderne qui veut que tout soit organisé de façon nécessaire, empêche tout le monde de se réaliser comme il le veut. On est alors obligé de choisir sa voie par dépit. De choisir une filière, non pas pour se réaliser, mais pour s'assurer de pouvoir survivre. 
   Pourquoi ces hommes en costume ont-ils autant de temps pour lire, pour apprécier des œuvres d'art ? Tout simplement parce qu'ils n'ont plus la tête à penser à un moyen de faire de leur lendemain un jour meilleur. La situation est donc grave, car on finit par perdre sa sensibilité. En effet, la plupart des gens que je connais ne peut pas supporter d'écouter du piano, ou un instrument quelconque. Chacun a ce besoin de se réfugier dans la haine du rap français qui ne fait que faire écho de la souffrance et de la colère qu'elle engendre. Mais je le répète, tout ça est déterminé par l'environnement social dans lequel on vit. Plus on se laissera aller, et plus l'on sera faible : car tel est le but ; transformer les gens en animaux, incapables de réfléchir autrement que par la haine et la violence. Cette violence est destructrice car elle salit l'image de la classe prolétaire et ne fait que confirmer ce qu'on pense d'elle : c'est-à-dire qu'elle vient d'un autre monde : qu'elle n'a pas les mêmes capacités intellectuelles que les autres. On se moque bien souvent de moi qui aime les livres et la philosophie, sans se rendre compte que c'est parce que j'ai osé m'ouvrir à cette pratique que je suis aujourd'hui capable de voir la France, et l'Occident en général, tel qu'ils sont. Je suis persuadé qu'un idiot ne reste jamais un idiot, et qu'un aveugle peut toujours voir les choses d'une certaine manière. Même si l'école n'est pas plaisante pour tous, il est important de fournir cet effort, même si le métier obtenu au final est également déplaisant. L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous disait Jean-Paul Sartre et je suis d'accord avec lui. L'important n'est pas le travail que l'on effectue plus tard, mais ce qu'on en fera. Il s'agit pour chacun de dépasser sa situation et son image afin de devenir autre que ce qu'il est : de vivre une vie décente au cours de laquelle on a été reconnu des autres. Ce texte peut être aimé ou détesté, mais je l'écris pour que chacun puisse l'interpréter comme il se doit et enfin changer ses actes. Ce texte n'est pas une fin en soi. »

Johan Banzouzi

samedi 16 mai 2015

Dieu, le hasard et la responsabilité

«On voudrait Dieu comme guide qui montre le chemin à suivre. Seulement, derrière cette volonté, se cache souvent un désir de ne plus être totalement responsable de ce qu'on fait, ou même de ce qui arrive. Lorsqu'il arrive quelque chose, on ramène donc souvent l'origine des événements à la volonté de Dieu. Un homme qui égard un objet essentiel voir vital, qui le retrouve à un moment désespéré, aura le sentiment d'avoir eu affaire à une faveur divine du fait qu'il était tellement désespéré qu'il n'était à ses yeux même plus possible de le retrouver. Lui parler alors de hasard serait lui faire un affront. Mais pourquoi ne peut-on pas croire au hasard tout en croyant en Dieu? C'est que lorsque l'on croit en Dieu, on croit non seulement en l'idée qu'il existe, mais aussi qu'il est à l'origine de l'existence des choses elles-mêmes. Par esprit extensif, ou par désir d'agrandir son impact et sa puissance, on finit par lui attribuer le déroulement des événements ainsi que l'ordre établi. Cela ne poserait aucun problème, si d'un autre côté, on ne voulait pas parler de responsabilité humaine. Si l'on affirme que Dieu décide de tout ce qui arrive, le problème c'est qu'on ne peut plus par la suite dire qu'il fait l'homme libre, puisque chacun des événements du monde est sous son contrôle. Or, si chaque événement est sous son contrôle, à quoi bon accuser l'assassin d'avoir fauté, ou même le voleur d'avoir pêché? Si Dieu a décidé de leur acte, on est dans l'impossibilité absolue de condamner les deux hommes, qui sont eux aussi sous l'influence de Dieu lorsqu'ils agissent. Or, une telle incohérence rend impossible la crédibilité d'un jugement dernier ou même simplement humain. A quoi bon être jugé si on n'était pas responsable de ce qu'on a fait? Et à quoi bon prier puisque les événements sont déjà prévus? Il apparaît donc, comme on peut le comprendre à présent que la responsabilité ne peut pas exister sans la liberté, laquelle ne peut pas exister sans le hasard. Mais si le hasard est si mal vu par la pensée religieuse, c'est qu'il est mal compris. Le hasard n'est pas dans la disposition des choses : le monde est bien fait et organisé correctement voir intelligemment. Le hasard est dans leur existence, c'est-à-dire que les choses sont bien faites, mais qu'il est impossible d'expliquer pourquoi elles existent. Quand j'observe l'herbe, je la vois, j'apprécie sa vive couleur et sa beauté, mais je ne parviens pas à m'expliquer pourquoi elle existe. Je sais juste qu'elle existe, rien de plus. Le hasard, c'est le mystère de l'existence des choses qui ne semblent pas avoir de raison d'être au-delà de celle que lui attribue la conscience humaine. Cela ne concerne pas que les choses, mais aussi les hommes. Il est parfois bien difficile de s'expliquer l'action d'un homme. Seul cet homme lui-même détient en lui, la ou les motivations de son action. Il les détient en lui car il est libre du fait d'avoir eu la possibilité d'agir autrement. Or, si on est le seul à connaître les motivations de ses propres actions, alors on est les seuls responsables, et on ne peut de ce fait, en partager la responsabilité avec Dieu. On pense immédiatement à cette fameuse phrase de la prière chrétienne : «ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre  nous du mal». Comment Dieu pourrait-il faire tout cela si on est soi-même responsable du mal que l'on fait, et du fait de se laisser envahir par la tentation? Il en résulte qu'il est plus probable que Dieu, loin de délivrer l'homme du mal, lui délivre plutôt la capacité à s'en délivrer lui-même : la liberté. On aura  donc beau prier, on retombera sans cesse sur ses pieds, parce qu'on est à ce point responsable qu'on doit, par soi-même se libérer de ce qu'on juge mauvais.»